Pour tenter de comprendre une nouvelle gamme, avant même de la découvrir, il faut parfois simplement savoir lire entre les lignes dans les communiqués de presse ou tout bêtement s’arrêter sur un mot, comme dans ce cas le nom de la série, et y découvrir tous les indices qui y sont déjà attachés.
Apex est le nom qu’Advance Paris a choisi pour désigner cette gamme qui célèbre son trentième anniversaire. J’aime ce choix qui révèle une très grande ambition, mais à travers un mot qui n’est pas très familier. Ils auraient pu choisir Ultima, Ultra, Infinity, vous voyez ce genre de mot qui désigne un concept « définitif » sans équivalent possible, du genre qui se la pète un peu si vous voulez. Je trouve Apex assez habile, car sans se la jouer, ce mot révèle la volonté de frapper fort. Apex peut désigner bien des choses en fonction du domaine dans lequel on l’emploie ; par exemple en écologie, un prédateur apex est celui qui domine la chaîne alimentaire et qui n’est la proie d’aucune autre espèce (sauf bien entendu l’être humain mais ça c’est un autre débat…). En botanique, c’est l’extrémité d’une tige ou d’une racine où se trouvent les cellules responsables de la croissance de la plante en longueur. En coutellerie, l’apex désigne le fil microscopique ou le tranchant ultime d’une lame de couteau, là où les deux côtés du biseau se rejoignent parfaitement. Au sens plus figuré, il désigne généralement l’apogée. On comprend que le choix de ce mot n’a rien d’aléatoire pour désigner cette nouvelle gamme.

Nouvelle ? Si on en croit les photos et même si on en lit les caractéristiques, on pourrait bien conclure rapidement qu’il s’agit d’une petite mise à jour esthétique vite opérée histoire, comme dans le monde automobile, de prolonger la carrière d’une gamme déjà bien amortie, la série Classic qui a contribué a établir Advance Paris sur le marché international. En effet, un oeil exercé repérera vite les différences visuelles, qui rendent les produits un rien plus sobres sans leur ôter leur cachet particulier que nous adorons à la Maison, même s’il faut jouer de la loque à poussière un peu plus souvent (tous ceux qui possèdent un piano noir laqué ou ce genre d’objet noir comme le jais et brillant comme un miroir comprendront). Mais à l’allumage, quelle récompense avant même la première note ! Nous ne nous lassons pas de l’effet produit lorsque les VU mètres apparaissent subitement, en gris-bleu clair très chic plutôt qu’en bleu plus sombre précédemment, eux qui sont presque impossible à repérer lorsque l’amplificateur sommeille. Et puis ces deux tubes qui s’illuminent et rougeoient pendant le décompte des 30 secondes de préchauffage ! Car oui, ce qui caractérisait déjà la gamme Classic précédente et qui constitue le cœur du savoir-faire d’Advance Paris, c’est bien l’hybridation de leurs électroniques, mélange savant de tubes pour la préamplification et de transistors pour la puissance. Même dans le lecteur CD de la gamme, les tubes électroniques sont bien présents, sous forme de micro tubes dans l’étage de sortie analogique du lecteur. Alors certes c’est joli, même un peu magique serais-je tenté de dire, mais pour entrer dans le détail, comment s’articule-t-elle cette série ?
Elle comporte trois amplificateurs et un lecteur de CDs. Deux amplificateurs avaient déjà leurs pendants dans la série Classic, les A10 et A12 Apex (respectivement 2 x 130 et 2 x 190 watts rms sous 8 Ohms). Le petit nouveau c’est le A8 Apex (2 x 76 watts rms sous 8 Ohms). Petit, oui si on veut, mais très bienvenu dans cette gamme pour plusieurs raisons : d’abord, il coûte moins cher, mais il prend aussi moins de place et ça, c’est très intéressant en soi pour de nombreux acquéreurs potentiels, sans rien sacrifier à la qualité de conception. Le dernier élément déjà évoqué est le lecteur de CDs, indispensable pour nombre d’entre nous, même si pour d’autres il appartient au passé. Et donc quelle différence avec la série Classic (qui ne disparaît pas, dans un premier temps au moins) ?

Le plus frappant à l’écoute est le niveau de raffinement et de détail. Le velours et l’espace que l’on attend d’un amplificateur utilisant des tubes de préamplification est là et bien là, aucun doute, c’est absolument frappant en particulier sur les enregistrements de musique complexes, leur large orchestration se déploie facilement créant des couches de profondeur dans lesquelles chaque élément peut prendre sa juste place. L’avant-plan est très dense et tonique, mais aussi très subtil et apporte une brillance, une sensation de polissage du détail qui ne nous avait pas frappé avec la série Classic. Ce côté très « sur le fil », pour reprendre l’analogie avec la lame de couteau, est parfaitement équilibré entre matière et précision, entre rondeur du manche qui donne le poids et affutage de la lame qui facilite le découpage des strates d’une prise de son. Le travail de la marque est flagrant et si la série Classic reste une référence de rapport qualité/prix/style, nous pouvons constater une très belle avancée sur cette série Apex 30ème Anniversaire.

Il faut savoir que parallèlement au développement de cette série, Advance a beaucoup travaillé sur une « super » série qui pointera le bout de son nez dès cet été et qui sera appelée Nova. Nous sommes assez convaincus qu’un certain nombre de révélations lors de l’avancée de ce projet haut de gamme ont conduit les ingénieurs à se dire qu’elles méritaient leur place dans une série plus abordable et qui ne nécessiterait pas de tout recommencer à zéro. Le 30ème anniversaire pointant le bout de son nez, il était certainement très tentant de le saluer avec une série marquante, qui rende hommage à la culture technique et esthétique de la marque tout en restant raisonnablement accessible ; à cet égard, le modèle A8 est idéalement placé, juste sous la barre des 2.000 €, sans rien perdre de la classe acoustique et de la signature visuelle qui font le charme des produits Advance Paris depuis un bon moment déjà. Le lecteur CDs est quant à lui une vieille connaissance assortie au reste de la gamme et qui pour moins de 900 € permet de goûter aux joies de la lecture laser avec une touche de magie que peu de ses concurrents sont capables d’injecter à ce budget. Il propose deux formules pour la sortie audio analogique (RCA ou XLR à privilégier absolument) et des sorties numériques SPDIF au format coaxial ou optique. Il faut préciser qu’au somment de la gamme (un peu moins de 3.500 €), l’amplificateur intégré A12 bénéficie de quelques particularités, comme une entrée phono plus sophistiquée compatible avec les cellules MC, un DAC plus élaboré et plus performant, deux sorties casques paramétrables indépendamment, et deux entrées symétriques (plus une sortie au même format) contre une seule pour le A10 et aucune sur le A8. Mais tous proposent une connectique assez généreuse dont une entrée HDMI eARC, une entrée USB-B pour PC/MAC, des entrées digitales coaxiales ou optiques et, en option, un récepteur Bluetooth directement connecté sur le DAC intégré pour plus de qualité, on peut donc en parler comme d’un transport Bluetooth, une solution de qualité pour ceux qui souhaiteraient ne pas se priver de cette facilité. Il offre également, car il est bidirectionnel, la possibilité de transmettre le son reproduit par l’ampli vers un casque d’écoute ou un appareil fonctionnant en Bluetooth (sur les A12 et  A10 mais pas sur le modèle A8)

La présence de deux autres options démontre bien que le travail réalisé sur la série Nova a porté simultanément sur la série Apex : d’une part un module de streaming, le A-NTC, plus précisément un transport en réseau, c’est à dire un lecteur de données issues des plateformes et des radios en ligne ou d’un réseau domestique, archi complet mais qui ne décode pas les signaux ; il se « contente » de les injecter dans le DAC intégré via une sortie optique dans le cas de la série Apex ou via une insertion dans le châssis pour la toute prochaine série Nova. D’où tout l’intérêt d’avoir, sur la série qui nous intéresse ici, doté les amplificateur de DACs (convertisseurs de données numériques en signaux analogiques) plus sophistiqués que dans la série Classic. L’autre option, plus liée au confort d’utilisation et à l’ergonomie, est l’étonnante très chic commande à distance Bluetooth A-RTR, un module rotatif au toucher « horloger » terriblement satisfaisant et au poids spectaculaire, destiné à trôner sur votre table de salon. Parfaitement superflue, cette commande n’est là que pour satisfaire votre nostalgie pour l’époque révolue qui vous obligeait à tourner le potentiomètre de volume manuellement, ce qui dans le cas des meilleurs d’entre eux pouvait procurer une sensation de qualité très gratifiante. Cette option n’est pas le moins du monde indispensable puisqu’une télécommande classique est livrée. Mais elle démontre, de la même manière que la richesse des connexions, le parti pris esthétique et la sensualité raffinée du son, qu’Advance conçoit des produits-plaisir raffinés et généreux mais qui n’excluent pas les sensations simples qui créent une sorte de jouissance et de fierté pour qui les installe à la maison. Comment ne pas valider une approche axée sur tous les plaisirs que peut procurer la haute fidélité de nos jour sans rien sacrifier de ce qu’elle a représenté par le passé ! Nous sommes complètement sous le charme…
Mais que diable pourra bien ajouter une série plus NOVAtrice encore ?
Stay tuned, vous en saurez bientôt plus ! Merci pour votre lecture.