La MaisonRéflexion

J’ai envie d’un caisson, c’est grave ?

Avouons-le, les basses fréquences c’est quand même fantastique ! Elles font partie de la musique, des bandes son et tout simplement de la vie en général. Les restituer est une nécessité pour rendre l’expérience de l’écoute complètement crédible et satisfaisante. Elles constituent la trame, les fondations sur lesquelles s’appuie la structure du son dans toute son étendue. Elles nous impactent physiquement, leurs ondes de grandes longueurs nous font littéralement vibrer, elles nous atteignent par les pieds en se propageant au niveau du sol avec plus d’intensité, elles nous prennent aux tripes littéralement et permettent au message sonore d’être assis sur un tapis qui le rend plus doux et plus chaud.

Expliqué comme ceci, qui ne voudrait pas pouvoir faire l’expérience des basses fréquences dans son système audio personnel ?

Pourtant les basses fréquences sont aussi les plus difficiles à reproduire proprement, ce qui leur vaut une mauvaise réputation. Lorsque vous croisez une voiture dont la plaque d’immatriculation vibre au rythme de secousses sismiques qui vous agressent, lorsque le voisin d’à côté ou d’au-dessus exagère oubliant qu’il n’est pas sur une île déserte, lorsqu’en festival ou en concert vous devenez parfois malade à force de vous faire pilonner le sternum par des infra-basses ravageuses, votre réaction, quasiment une réaction de survie, est de fuir ou de vous boucher les oreilles au minimum. Vous subissez les basses d’une façon que vous n’avez pas choisie et c’est pénible.

Expliqué comme cela, qui voudrait s’imposer une telle expérience à la maison ?

Comme souvent la différence entre ces opposés repose à la fois sur la qualité et sur la quantité. Obtenir la première est une des choses les plus compliquées à réaliser pour un fabricant d’enceintes acoustiques. Doser la seconde est un exercice délicat pour le particulier et nécessite souvent de s’y prendre à plusieurs reprises. Mais lorsque ces deux paramètres sont au rendez-vous, l’expérience décolle pour atteindre un niveau de réalisme bien plus élevé dès les volumes d’écoutes les plus ténus. Comment expliquer cela ?

Plus la fréquence à reproduire est basse, plus la quantité d’air à mettre en mouvement pour y parvenir est importante. Pour cela pas de secret, il faut qu’une membrane de petite taille vibre selon un débattement très important ce qui nécessite beaucoup de puissance. Il est donc exclu qu’une membrane de taille modeste puisse produire des fréquences très graves à faible niveau. Il lui est d’ailleurs souvent impossible de descendre vraiment bas en fréquence tout court car le volume excessif d’amplification nécessaire la détruirait… Plus la membrane gagne en diamètre et plus facilement elle atteindra la limite audible pour les être humains à savoir 20 Hertz. On comprend bien que, puisque presque plus personne de nos jours n’est prêt à tolérer des enceintes de la taille d’un buffet dans son séjour, les fabricants d’enceintes se soient tournés vers des designs plus compacts ou plus élancés, ce qui rend impossible l’intégration de membranes de basses de 25, 30 ou 38 cm comme par le passé. La solution d’un “subwoofer” dédié pour ces fréquences est une astuce intéressante, car en déportant ce caisson de basse au sol et hors de vue ou presque, on peut réintroduire ces sensations essentielles. Essentielles ? Vraiment ? On peut le croire si on parle de la bande-son d’un blockbuster truffé d’explosions, de moteurs rugissants, de jets et d’hélicoptères… Mais la musique ? Disons OK pour le rock, la pop, le hip hop et mettons le jazz, mais la chanson et la musique classique ? N’est-ce pas exagéré ?

Les basses fréquences se propagent sur de très grandes distances en raison de leur grande longueur d’onde ( 17 mètres pour le 20 Hz ). leur réverbération dans l’espace d’enregistrement ( réel ou virtuel ) est capté par les micros et nous communique la “signature” acoustique de l’espace dans lequel elle se déploient. Le tonnerre est une expérience que nous avons tous vécue : les grondements, les roulements qui surviennent semblent se déployer à l’infini dans toutes les directions. Nous expérimentons donc un espace sans limite et nos oreilles le captent très bien. Si par contre, un morceau de musique est enregistré dans un espace intérieur, les ondes de basses se réverbèrent selon l’acoustique et les dimensions de cet espace. Toutes ces informations sont présentes dans les enregistrements et nous informent d’une infinité de caractéristiques qui rendent ces lieux plus vraisemblables.

Une simple flûte jouée dans une salle de concert semblera beaucoup plus réaliste si “l’atmosphère” captée tout autour d’elle est restituée par le système audio. Une voix humaine ne produit évidemment pas d’infra-grave, mais l’acoustique du lieu la rendra plus réelle et plus émouvante. Par contre, certains instruments produisent des graves vraiment très profonds à commencer par le roi absolu de la bande passante, l’orgue dont les tuyaux les plus long produisent des infra-graves extrêmes, à la limite de l’audible pour les humains mais parfaitement perçus par notre corps. La contrebasse et la basse électrique descendent plus raisonnablement autour de 40-50 Hz ( tout de même ). Les synthétiseurs n’ont eux aucune limite dans le registre grave.

Donc, une somme d’information essentielle est disponible dans les deux premières octaves ( entre 20 et 80 Hz ), celles que les enceintes acoustiques produisent plus difficilement. L’apport d’un caisson de grave ( à défaut d’une paire d’enceinte de très grande taille ) est systématiquement un plus quel que soit le registre musical diffusé ou le type de bande-son reproduite. Quand on sait que les humains ne perdent quasiment pas d’acuité dans cette zone en vieillissant, l’investissement est non seulement très satisfaisant mais également durable. Et si vous prenez le temps de bien affiner le réglage de votre caisson de grave, vous ne pourrez tout simplement plus vous en passer…