Le monde des réseaux – et de l’internet en général – est une bête affamée qui se nourrit essentiellement du dernier truc qui buzze, de la nouveauté immanquable. Jamais repue, elle ne dort pas et bondit comme une grenouille folle dans tous les sens pour ne pas risquer l’immobilité fatale, c’est-à-dire la disparition du devant de la scène. Dès lors, comment concilier ce temps virtuel qui s’accélère de façon presque exponentielle avec celui, bien plus terre à terre, des ingénieurs, des développeurs et des contraintes industrielles qui étirent la durée indispensable à la genèse de nouveaux produits réellement plus performants et véritablement plus intéressants. Ces produits sont conçus pour durer dans l’absolu de façon à satisfaire leurs utilisateurs et ne peuvent pour ces raisons être améliorés et remplacés que de manière très progressive, en respectant à la fois leurs acquéreurs et leurs concepteurs. Ce processus nécessite de produire de la qualité de manière à s’assurer une réussite à moyen terme, il est donc extrêmement exigeant et pourtant de tels produits ont souvent tendance à disparaître rapidement des radars en raison de leur présence prolongée sur le marché. Nous pensons au contraire que ces produits de grande qualité et de facture très sérieuse méritent un coup de projecteur, certes à contretemps par rapport au déroulé médiatique, mais tellement mérité ! C’est aussi notre rôle de les remettre à l’avant-plan. Bon, vous avez compris où je veux en venir, place à un exemple parfait pour illustrer ce rôle que nous voulons jouer dans la mise en avant de produits pensés pour durer : la série CX de Cambridge Audio.

Elle a tellement collectionné d’éloges dans toutes les langues et depuis si longtemps (début 2015, une éternité dans notre monde, que dire alors de la date du tout premier produit Cambridge en 1968…?) qu’on a l’impression qu’elle a fini par faire partie de l’arrière-plan du paysage de la haute-fidélité. En gros cela donnerait dans les commentaires : « ça reste très bien évidemment, cela paraît incontestable, mais vous savez, plus tout à fait de première fraîcheur, forcément un peu dépassé… sans vouloir dire de mal bien entendu. » C’est oublier qu’en réalité cette série a été peaufinée, raffinée et encore repeaufinée à travers plusieurs générations successives, qui ont à peine modifié sa présentation. Cela crée peut-être une impression de « stagnation visuelle » mais c’est tout simplement dû au fait que cette gamme a été bien dessinée depuis le début et qu’elle reste complètement dans le coup aujourd’hui sur ce plan. Il est même possible actuellement, pour une durée limitée, de se la procurer dans une finition noire très classe, comme alternative au très élégant gris « lunaire », bien connu depuis les débuts de la série CX. Ça, c’est pour le contenant et inutile de rappeler que cela compte beaucoup pour nombre d’entre nous, mais quid du contenu ?

Cette série comporte 3 modèles, un amplificateur, un transport CD (je reviendrai sur ce que cela signifie pour ceux qui se poseraient la question), et un lecteur réseau, souvent désigné par le terme « streamer » anglais qui signifie exactement la même chose, alors pourquoi ne pas le dire en français. Pour ceux qui souhaiteraient relier une platine non préamplifiée, deux préamplificateurs phono (MM- Alva Solo et MM/MC- Alva Duo) sont disponibles à part. Ils sont excellents, bien meilleurs que ce que Cambridge aurait pu implanter dans son amplificateur intégré. Sans oublier l’Alva TT, platine vinyle de qualité qui incorpore la préamplification pour une liaison traditionnelle filaire (à privilégier) et même une transmission Bluetooth de qualité (qui peut rendre de précieux services). L’amplificateur, véritable coeur de la gamme, est dénommé CXA81 mk2 et sa puissance est de 80 watts RMS sur 8 Ohms, c’est à dire confortable pour la grande majorité des utilisateurs et des enceintes du marché. Il peut piloter deux paires d’enceintes, accueillir des connexions XLR (symétriques), ce qui ne court pas les rues à ce prix et peut s’avérer très efficace si vous envisagez de l’associer au lecteur réseau CXN100 SE qui est équipé de sorties audio du même type, en plus des sorties rca/cinch conventionnelles. Il est équipé d’un récepteur Bluetooth d’excellente qualité (APT-X HD) et d’une entée USB-B, parfaite si votre source préférée s’avère être un ordinateur ou un Mac dont il devient de facto la carte son externe, d’une performance et d’une musicalité très inhabituelle. Il est en outre équipé d’entrées optiques (2) et coaxiale digitale (1) et d’une sortie en face avant pour casque en 3,5 mm.
Le CXN100 SE, son compagnon naturel, est donc un lecteur réseau, compatible Airplay2, Chromecast et Roon Ready, très performant et élégant, constituant votre interface avec la musique dématérialisée, y compris Qobuz Connect, Tidal Connect, Spotify Connect…, mais aussi avec différentes sources physiques, car son excellent DAC est accessible à toutes sortes de périphériques, y compris votre téléviseur via une entrée HDMI e-ARC,  nouveauté ô combien utile sur cette dernière génération de CXN. Certaines de ces entrées seront redondantes par rapport à l’amplificateur, mais Cambridge a bien entendu aussi songé à tous ceux qui possèdent déjà un amplificateur, peu importe la marque, dont ils sont satisfaits et qui désirent profiter au maximum de tout ce que peuvent offrir les sources modernes, matérielles ou pas. On ne soulignera jamais assez à quel point l’interface de commande, c’est-à-dire l’app développée pour prendre le contrôle de ce lecteur, compte pour beaucoup dans le plaisir de son utilisation ; elle doit être logique, facile à appréhender, ergonomique et peut-être plus encore stable, absolument stable, inconditionnellement stable. Sur ce terrain, StreamMagic n’a de leçon à recevoir de personne. Jamais elle ne trahit son utilisateur et si, comme toute app, elle nécessite un petit temps d’apprentissage, elle ne réclame jamais de patience tant elle est rapide et sans à coup. L’afficheur qui trône au centre de la face avant est agréable à regarder, tout comme le visuel globalement très sobre et chic de la machine. Mais s’arrêter à tout cela, même si c’est déjà très bien, ce serait passer à côté de l’essentiel, qui fait la fierté des équipes chez Cambridge et que dégustent les utilisateurs de la marque depuis des décennies maintenant : un son généreux, puissant, dynamique et extraverti. Parfaitement complémentaire, vous l’avez deviné, de celui de l’amplificateur.
Cette combinaison distille un son joyeux, vivant et très expressif, bref tout sauf tiède. Un son pour tout le monde ? Si vous fréquentez ce blog depuis un moment, vous saurez déjà qu’à cette question la réponse est forcément… non. Mais ce qui est certain, c’est que si vous êtes sensible musicalement à la vie du son et à l’expressivité des musiciens, vous trouverez dans cette série CX des compagnons d’exploration pour toutes vos envies. L’élégance de leur ligne n’est pas non plus absente de leur sonorité, rassurez-vous, mais ce qui domine c’est l’impression d’une grosse envie de jouer, de rebondir et d’avancer pour mettre en valeur le suivi mélodique et rythmique ainsi que le grain et les inflexions dynamiques des voix. Quel caractère ! Si vous êtes de ceux qui aiment les produits qui chantent leur terroir, qui exsudent le tempérament de leur origine, alors sachez que c’est à Londres, où la scène musicale bout en permanence, et par des londoniens, brillants et jeunes pour la plupart (au moins dans leur tête), qu’ont été dessinées tant la carrosserie que les entrailles de ces machines à plaisir… Pour être complet, il faut préciser que les produits sont fabriqués en Chine dans le respect des normes ISO9001. Grâce à cela, le rapport prix-qualité-équipement peut aisément rivaliser avec les marques japonaises traditionnelles.

Vous avez bien compté je suppose, la série compte trois appareils et je n’en ai vraiment évoqué que deux. Le dernier larron, qui comme les autres vous volera… tellement de temps que vous devrez établir un plan pour ne pas rester coincé dans votre fauteuil et devenir dangereusement sédentaire, est le CXC, un transport de CDs et non un lecteur de CDs c’est à dire qu’il ne décode pas le signal numérique contenu sur les galettes de 12 cm aux reflets arc-en-ciel ; ce choix a été opéré chez Cambridge à partir d’un principe sans doute statistiquement incontestable même s’il ne conviendra pas à tous : si vous êtres de ceux qui conservent jalousement, et à raison, leur précieuse collection de CDs, il y a de très fortes chances que vous possédiez déjà un convertisseur numérique/analogique quelque part dans votre installation. Si vous avez déjà craqué pour l’amplificateur ou le lecteur réseau susmentionnés, alors pas de doute, vous disposez d’un convertisseur très performant et surtout remarquablement implanté électroniquement par ces messieurs les magiciens britanniques. Par conséquent vous n’avez pas besoin d’un deuxième convertisseur puisque vous ne pouvez par définition en employer qu’un seul à la fois. Et même en dehors de la série il existe de nos jours tellement de produits dotés d’origine d’un tel convertisseur souvent désigné par l’acronyme DAC que Cambridge a préféré orienter le développement de l’appareil vers la seule extraction, mais aux petits oignons, du signal numérique. Vous ne trouverez donc à l’arrière de ce transport de CDs que des sorties de type numérique coaxiale ou optique. Et si vous ne disposez pas d’un DAC séparé ou intégré dans votre installation actuelle, le formidable DACMagic 200 est disponible pour un prix très raisonnable.

Côté tarifs, comptez 1.199€ ttc pour l’amplificateur CXA81mk2, 1.049€ ttc pour le lecteur réseau CXN100SE et 599€ ttc pour le transport CD CXC. Bien entendu, si cet article veut souligner l’aspect intemporel et remarquablement « placé » de cette gamme CX, Cambridge n’oublie pas ceux qui voudraient consacrer moins… ou plus de budget à leur achat, car les séries AX et EX ne font pas exception et présentent chacune sur son terrain de l’entrée ou du plus haut de gamme, un rapport prix/performance/plaisir extrêmement affûté qui donne tout son sens à cette notion de valeur sûre : ce sens noble qui vous permet d’éviter les aventures radicales, exotiques mais soit peu rassurantes, soit bien plus onéreuses, et qui confirme une capacité jamais démentie à faire fructifier votre investissement financier en vous apportant chaque jour davantage de satisfaction et de plaisir que ce que vous pensiez pouvoir en attendre.