Ce blog en est la preuve, j’aime les mots, j’aime les lire et les écrire ; pas toujours de façon régulière, pas toujours de façon aussi concise qu’il le faudrait mais c’est un fait, les mots m’intéressent autant que la musique ! Et par conséquent, je ne peux pas imaginer qu’un fabricant, qui plus est partageant ma langue maternelle, n’aie pas longuement réfléchi au choix du nom de baptême d’une nouvelle série d’enceintes acoustiques, en particulier s’il s’agit d’une gamme qui est appelée à remplacer une série légendaire et d’une longévité exceptionnelle, très rare dans le paysage de la haute fidélité. Et hop, encore une phrase interminable…
Solstice est ce nom, et comme chacun j’imagine, je connais sa signification : dans notre hémisphère, ce phénomène astronomique se produit deux fois par an et se matérialise autour du premier jour de l’hiver par le jour le plus court et autour du premier jour de l’été par le jour le plus long de l’année. Pourquoi ce choix ? J’y vois des raisons historiques et poétiques, mais je n’ai interrogé personne à ce sujet, et ces considérations n’engagent que moi.
Historiquement, Triangle a régulièrement tiré le nom de nombre de ses enceintes du vocabulaire céleste. Pensons, entre autres, au modèle Comète, décliné depuis le début des années 2000 dans de nombreuses itérations. D’une manière plus large, le nom des enceintes ou des gammes Triangle a souvent évoqué l’aventure, la découverte et les horizons lointains (Magellan, Odyssey, Galaxy…) D’autre part, le phénomène des solstices est un double symétrique, indissociable et parfaitement opposé, porteur de la plus grande lumière et de l’obscurité la plus prolongée. Un seul mot pour décrire les deux faces d’une même réalité. J’y vois l’affirmation qu’en acoustique comme en astronomie, il est possible de désigner d’un seul vocable des réalités opposées et de ne pas devoir choisir entre vivacité et souplesse, ou d’être capable d’illuminer les profondeurs tout en observant sans fatigue les éclats de lumière les plus aveuglants, au lieu d’écarquiller les yeux dans l’obscurité ou de les plisser lorsque la lumière est intense.
Pour autant, si la forme des nouvelles enceintes de la gamme évolue en profondeur, pour le meilleur, Triangle continue à tracer sa route technologique, certains de ses choix, en raffinant à tous les étages. Rien en effet n’est conservé tel quel de la dernière génération Esprit EZ, et cependant, au premier coup d’œil, il est évident que ce sont bien des Triangle. Le tweeter en alliage d’aluminium/magnésium, déjà présent sur les formidables Esprit 40ème Anniversaire, est ici retravaillé encore dans son implantation et son exploitation, grâce à des pièces d’assemblage et de diffusion qui minimisent les résonances derrière la membrane et maximisent sa linéarité et sa diffusion devant celle-ci. La plus visible est la pièce de mise en phase qui présente à sa base une découpe en barillet qui prolonge la base du nouveau pavillon optimisé, découpée de la même manière, le tout dans le but d’homogénéiser la dispersion et la linéarité des fréquences aigües, élargissant de la sorte la zone d’écoute efficace. La zone arrière, non visible évidemment, incorpore un moteur magnétique au néodyme, donc très puissant, et une chambre d’absorption arrière, dessinée de manière à provoquer un strict minimum de « rebond » acoustique. Il faut reconnaître que visuellement, le plus petit des composants acoustiques de ces enceintes semble sortir d’un atelier de joaillerie, élégamment entouré par des inserts amortissants eux aussi très travaillés et assortis aux 4 finitions au choix.
Le haut-parleur medium (sur la colonne 3 voies Solstice 8) ou basse-medium (sur la compacte Solstice 3 ou la voie centrale C3) sont visuellement les plus « Triangle » des composants Triangle. Si vous pensez à la marque, la première chose qui vous viendra à l’esprit (sans jeu de mot), c’est bien sûr la blancheur immaculée de ce haut-parleur signature réalisé en pulpe de cellulose. Certains pourraient rétorquer « en papier quoi… ». Oui c’est exact si on veut, mais travailler cette fibre et la mettre en forme est loin d’être simple d’une part et d’autre part, le naturel avec lequel ce composant reproduit les timbres est tout à fait remarquable, sans compter que la marque le développe depuis si longtemps qu’elle le maîtrise parfaitement. Une évolution concernant son montage est à mentionner sur le medium de la Solstice 8 : un encollage par l’arrière qui permet d’augmenter la surface émissive et sa linéarité tout en l’embellissant visuellement. Il est à noter que, sur ce modèle, une séparation interne isole ces deux haut-parleurs medium et aigu du reste du cabinet, afin de ne pas subir les perturbations liées au fonctionnement des puissants haut-parleurs de basse. Pour les enceintes deux voies, il va sans dire que ce haut-parleur en cellulose doit fournir un travail plus important en produisant à la fois des fréquences moyennes subtiles, ouvertes, et des basses profondes et rapides. Ce qui ne le met pas le moins du monde à la peine, tout au plus encaissera-t-il marginalement moins de puissance en étant seul dans la Solstice 3. Pour cette raison, Triangle la recommande pour des espaces plus petits. Je me permets d’ajouter qu’une enceinte compacte peut être employée dans des espaces plus vastes en gardant à l’esprit (toujours sans jeu de mot) qu’il faudra respecter ses limites pour éviter les problèmes. Rappelons à cette occasion qu’aucun fabricant d’enceintes ne couvre les dégâts occasionnés sur ses produits lors d’une utilisation déraisonnable de ceux-ci. La preuve de ces excès est très facile à apporter car les bobines des composants sont brûlées de façon flagrante, excluant une prise en charge sous garantie. Avis aux amateurs de sensations fortes qui ne l’assument pas lors de leurs décisions d’achat… Puisque le boomer (medium/basse) est doublé dans la Soltice C3, la voie centrale, il permettra de « pousser » aussi fort que les colonnes si elle leur est associée.
Quant aux deux tout nouveaux woofers de la Solstice 8, ils associent un matériau 100% papier cohérent avec le haut-parleur medium, mais travaillé très différemment car les contraintes dans cet exercice sont toutes autres. On recherche la vitesse pour compléter celle légendaire du haut-parleur medium, mais aussi la robustesse car les excursions nécessaires pour produire des basses sont importantes et il faut les maîtriser sur toute leur course pour conserver la tension et l’amortissement, sans quoi c’est la mollesse et le grand flou qui guettent, ce que ne saurait tolérer un esprit français basé en Champagne…ni un amateur de musique où qu’il soit en train de la déguster. Le grave d’une enceinte, comme le reste du spectre reproduit, mais peut-être plus encore, est dépendant presque autant de la qualité de l’ébénisterie que de la performance des composants dont le mouvement génère le son ; quels que soient les efforts fournis et les progrès importants réalisés dans le développement des haut-parleurs, ils pourraient être ruinés par une ébénisterie génératrice de vibrations et de résonances. Et dans ce domaine, Triangle a fait fort : tout commence avec les saladiers (oui oui), c’est à dire la structure métallique sur laquelle sont rapportés le cône et sa suspension : medium, grave/medium ou grave, ces trois composants bénéficient d’un saladier complètement revu, à même de maintenir encore mieux les haut-parleurs en mouvement tout en libérant davantage d’espace pour ne pas constituer une paroi et laisser ainsi le flux d’air s’évacuer plutôt que rebondir sur une structure trop présente. Tout profit pour le mouvement de piston, qui sans entrave, est plus fluide et moins contraint. La caisse elle-même est rigidifiée de manière stratégique, notamment grâce à des entretoises prenant appuis directement sur les saladiers et la paroi arrière, mettant ainsi en tension toute la structure pour la rigidifier. Et que dire des plinthes en fonte d’acier enduites de silicone, mises en forme de façon à faire déboucher un évent laminaire (de forme rectangulaire) dirigé vers l’avant. Les bénéfices en sont multiples : augmentation non négligeable de la masse totale, référence mécanique au sol ou sur le pied support améliorée, couplage acoustique au local d’écoute facilité grâce à l’orientation frontale et exploitation maximale de l’effet de sol dans le cas de la colonne. Le poids de ces plinthes déconcerte au déballage, mais après tout, c’est pour la bonne cause et assembler cette plinthe (sur les colonnes, car sur les compactes, elles sont placées en production) ne se fait qu’une seule fois… Les pointes de découplages, sur les enceintes colonnes comme sur les pieds support optionnels S05 sont considérables, illustrant encore une fois que rien n’a été négligé qui pourrait affecter la performance. Les borniers, simples sur la compacte et doubles sur la colonne, sont eux aussi impressionnants, solides, amortis, et permettant un serrage puissant sur câble nu mais aussi sur des fiches bananes (!) pour maximiser le transfert électrique. Vraiment rien n’est laissé au hasard sur ces Solstice et quand on connait le tarif auquel elles sont proposées, on comprend que Triangle a remarquablement géré le développement de cette toute nouvelle série. Enfin moi je le connais, mais vous ? Plus de suspense : 999€ ttc la paire pour la compacte Solstice 3, 1.999€ ttc la paire pour la colonne Solstice 8 et 575€ ttc l’unité pour la voie centrale C3.
Ces dernières années, la société Triangle a surtout fait parler d’elle à propos des modèles de la série Borea, déjà évoquée ici et à raison, car le rapport prix/performance de cette série pléthorique est incroyable. Cependant ici aussi on peut affirmer que le rapport expérience musicale/esthétique/tarif est bluffant, car cette série va plus loin dans le détail à tout point de vue. La présence et la définition des timbres est sans conteste la qualité qui frappe immédiatement ; en réécoutant pour la millième fois le magnifique « You want it darker » de Leonard Cohen, la voix sépulcrale du chanteur en fin de vie est non seulement présente à vous faire hérisser la pointe des cheveux, mais aussi livrée dans toute sa nudité, débarrassée de son côté épais, presque bourdonnant souvent repéré avec d’autres enceintes, pas forcément désagréable mais un peu surjoué disons. Rien de tout cela ici, cela vous va directement au cœur tant c’est intense et réaliste ! J’ai toujours aimé la musique classique, mais certaines enceintes m’y ramènent volontiers, plus que d’autres, comme ces Solstice, en particulier les 8, qui grâce à un registre grave profond mais tendu sont capables de recréer toute l’ampleur d’un orchestre déployé dans tout son espace et toute sa dynamique.
Venons-en aux raisons du titre de cette présentation : pourquoi un chemin à la fois court et long vers la musique ?
Long ? Oui, car quel accouchement ! 22 ans de série Esprit, certes améliorée deux fois en cours de route, mais quel autre fabricant a-t-il fait durer une série aussi longtemps ? Mais comme toujours seul le résultat compte et là-dessus pas d’équivoque, cela valait largement la peine !
Court ? La spontanéité de ces enceintes, qualité jamais démentie chez Triangle, vous fera les adopter en un rien de temps (allez disons le temps d’un rodage express…)
Long ? Le temps que vous allez passer avec ces enceintes, capables de tous les voyages, dotées comme elles sont d’une maxi ouverture et d’une capacité à faire vivre le son, tant au niveau micro-dynamique sur les infinies variations subtiles d’intensité, que sur l’explosivité des grands mouvements telluriques qui animent les musiques que vous aimez, peu importe le genre.
Court ? Oui comme une nuit d’été que l’on n’a pas vu arriver tant on est bien installé, en bonne compagnie musicale et qui déjà s’estompe au petit matin au profit d’un soleil éclatant.
Long ? Aussi, comme une nuit d’hiver qui vous a surpris sur le chemin du retour à la maison, avec une seule idée en tête : chaussons, boisson chaude, plaid, canapé et un bon film, une bonne série, ou alors quelques faces de vinyles, peu importe, pourvu que ce soit à travers vos enceintes Solstice, à l’aise avec toutes vos envies, et dont vous ne vous débarrasserez pas de sitôt.
Court ? Oui comme le chemin qui vous mène à nos locaux pour les découvrir si possible sur rendez-vous 😉 C’est ça qui est cool en Belgique, on n’est jamais très loin…
Long ? Probablement, comme le temps nécessaire à choisir parmi les quatre finitions de ce joli meuble qui ne passera pas inaperçu dans votre pièce d’écoute !
