Pier Audio Filante 17 : la petite colonne de grande classe

Moins c’est mieux ou less is more, on connaît tous ce genre de slogan qui veut mettre l’accent sur la qualité plutôt que sur la quantité, sur la simplicité davantage que sur la sophistication… eh bien voilà un produit qui concrétise merveilleusement ce concept. N’allez pourtant pas croire que c’est par facilité que l’on décide de faire dans la sobriété, tout au contraire, prenez n’importe quel domaine, mettons la gastronomie au hasard, mais alors là complètement au hasard, j’aurais pu citer n’importe quel secteur, il a étrangement fallu que ce soit celui-là, mais bon soit… ce qui est dit est dit. Donc en cuisine, arriver à épurer une recette, maîtriser une cuisson, doser savamment très peu d’ingrédients pour faire ressortir la quintessence de la saveur d’un produit et de son accompagnement, est un travail, une discipline de longue haleine et c’est souvent au prix d’un apprentissage long, et d’ailleurs jamais terminé, que l’on peut atteindre l’excellence. C’est très souvent en retranchant, en minimisant la complexité que l’on peaufine son travail jusqu’à obtenir l’équilibre miraculeux, sur le fil, qui fera dire aux dégustateurs « c’est parfait, rien à dire ».

Rien à dire, rien à dire… pour moi qui privilégie les phrases interminables c’est un vrai problème. J’ai besoin de raconter mon ressenti et j’aime faire des analogies, par exemple culinaires (au hasard encore), et puis, qu’adviendrait-il de ce blog s’il n’y avait plus rien à dire ?
Trêve de mauvaise foi, Il y a (et il y aura) bien entendu toujours à dire mais ce qui nous frappe avec ces Filante 17, c’est l’évidence de leur restitution, de bas en haut et de gauche à droite, tout est là, en place, elles procurent une impression instantanée que c’est précisément comme cela que cela devait être. Nous sommes parfaitement conscients de tout le travail que cela représente, mais comme avec un artiste plasticien, un musicien, un comédien ou toute personne qui maîtrise un savoir-faire de façon très accomplie, l’effet produit est celui d’une grande simplicité et d’une apparente facilité.

Simples, les Filante 17 le sont, équipées de leurs deux composants visibles, un tweeter et un large-bande. Large-bande avez-vous lu ? Exact, donc pas basse-medium comme c’est généralement le cas des enceintes munies de deux composants (le second étant le tweeter, bien entendu). C’est une originalité qu’Olivier Ostrée, acousticien chevronné à la carrière bien remplie, a souhaité mettre en œuvre dans la gamme des enceintes Pier Audio. Au cours de ses pérégrinations professionnelles chez Elipson, Jamo, Davis Acoustics, entre autres, il est resté intrigué par ce concept, sans l’avoir jamais abordé sérieusement avant sa rencontre avec Michel Tassilly, tête pensante et agissante de Pier Audio depuis le début. Et en confrontant leur expérience, leur passion et leurs envies, l’idée de travailler ensemble et de créer des enceintes qui seraient très complémentaires des électroniques à tube ou hybrides chères à la marque s’est imposée assez naturellement. Et puisqu’il s’agirait d’une création et non de la continuité d’une lignée, ils ont choisi de tenter « un truc » avec cette technologie large-bande qu’une société d’acoustique traditionnelle n’aurait jamais pu démarrer. C’est tout-à-fait compréhensible puisque la plupart des marques établies ont construit leur savoir-faire et l’ont développé sur des bases plus classiques en multipliant les gammes en deux et trois voies. Pourtant, le large-bande est aussi perçu comme une sorte de graal par une frange non négligeable d’amateurs et de professionnels de la musique, mais le plus souvent dans des projets plus alternatifs, voire incroyablement ésotériques quand ce ne sont pas des projets personnels non destinés à une quelconque commercialisation. En cherchant un peu vous trouverez assez facilement des communautés d’amateurs, éventuellement fortunés qui ont conduit des recherches passionnantes et originales sur l’exploitation de cette technologie. Le Japon en particulier en recèle un très grand nombre. Cela a conduit a des systèmes absolument hallucinants dans leur proportions physiques et financières. Alors pourquoi ne voit-on pas des large-bande partout ? Tout simplement parce que comme en toute chose, il s’agit d’un compromis.

Parler de large-bande était peut-être plus acceptable à une certaine époque que de nos jours. Car ce type de haut-parleur ne couvre en réalité pas complètement, et en tout cas pas parfaitement la totalité de la bande passante. Ses limites dans l’aigu en particulier sont indiscutables et sa linéarité de reproduction dans cette région est très questionnable. Cependant dans sa zone de prédilection, du bas au haut-medium, il peut avoir des qualités exceptionnelles et, disposé dans une charge acoustique (c’est à dire une enceinte, une simple boîte si l’on veut) appropriée, il peut avoir des qualités tout aussi remarquables dans les basses fréquences. Sans parler de sa capacité à créer une spatialité très crédible puisque tous les registres sont émis d’un même point avec très peu d’accident de phase, permettant au cerveau de « voir » les sons dans l’espace virtuel sans effort. Et c’est ce constat qui a donné l’envie chez Pier Audio de créer la gamme Filante.
Il faut savoir que l’usage dans le monde des large-bandes est de ne pas les filtrer et de les laisser s’exprimer sur toute la bande passante qui leur est accessible sans les « contraindre » autrement que par les proportions et les volumes de l’ébénisterie qui les accueille, ce qui mène souvent à des produits très encombrants ou de forme assez alambiquée utilisant un seul composant. J’ai déjà dit par ailleurs que ces produits me donnent l’impression d’un équilibriste toujours à deux doigts de basculer, à la limite de l’agressivité ou de l’aboiement si l’enregistrement écouté n’est pas parfait (et encore…) et donc sans aucune marge de manœuvre en quelque sorte. Et ce n’est qu’à l’écoute de ces Filante 17 ou des compactes Filante 13 que nous avons pu réaliser le petit coup de génie que Pier Audio a apporté à un principe acoustique archi classique. N’allez pourtant pas croire que c’est juste une petite idée vite implémentée et validée. Que nenni ! Il a tout d’abord fallu réaliser le large-bande qui posséderait les meilleures qualités et les moindres défauts sachant qu’il devrait être intégré dans des ébénisterie de format logeable et de prix « Pier Audio« , c’est à dire raisonnables. Le marché regorge de composants large-bande tout prêts, disponibles d’un simple clic dans la quantité désirée, mais les solutions de prix raisonnables ont de trop gros défauts et les bons se vendent à des tarifs prohibitifs en raison de la folie financière qui règne dans ce milieu. Le choix de fabriquer des large-bande maison afin de maîtriser à la fois les coûts et les compromis acceptables pour la performance a été déterminant pour l’obtention de la performance recherchée et pour la gamme de prix visée. Car ces Filantes se veulent accessibles et le sont de fait. Nous reviendrons sur les tarifs de la gamme plus loin.

Une fois concrétisée la fabrication des 3 large-bande nécessaires pour couvrir les 3 dimensions (13, 17 et 21 cm de diamètre), toute l’astuce consiste à les exploiter au mieux dans leur plage d’excellence et à les filtrer (sacrilège pour d’aucun !) mais légèrement afin de permettre au tweeter à dôme tissu d’emmener la restitution vers les sommets de la bande passante sans dénaturer l’incroyable dynamique du large-bande. Tout au contraire, en lui permettant de s’exprimer de façon plus épanouie en le soulageant des plus hautes fréquences, registre dans lequel un tweeter de petite dimension est beaucoup plus à son aise. Cependant, dans la mesure où le large-bande entame déjà le registre aigu avant de le confier progressivement à l’étage au-dessus du dessous (car oui, le tweeter est disposé à dessein sous le large-bande dans les réalisations de Pier Audio), nos amis français préfèrent parler d’enceinte 1 voie et demie car cela correspond davantage à la réalité de leur assemblage. Ce terme assemblage utilisé par les maître de chais dans le domaine viticole n’est pas choisi au hasard cette fois, car c’est le juste dosage des proportions entre deux ou plusieurs cépages qui produira l’équilibre gustatif recherché. Ici il s’agira de permettre une transition très fluide mais qui ne brise pas l’énergie et la matière du son et ne perturbe pas la phase, c’est-à-dire la synchronisation de l’ensemble des fréquences sur la totalité du spectre reproduit. Dans ce domaine, le large-bande est presque imbattable puisqu’il n’a pas besoin de transition entre les basses, le medium et l’aigu, ce qui lui confère une capacité hors norme à construire une image spatiale cohérente, large et perceptible même lorsque l’auditeur est très désaxé (je veux dire disposé hors de l’axe de convergence des enceintes, même si l’un n’empêche pas l’autre …).

C’est un travail méticuleux sur la pente de la coupure entre les deux composants et le choix des éléments de filtrage qui permettront d’y parvenir le plus naturellement possible est très critique et chronophage, mais le jeu en vaut largement la chandelle. Jouer, c’est précisément ce qui définit le rôle d’une enceinte. Ne dit-on pas « qu’est-ce qu’elles jouent bien, ces enceintes ! ». C’est la même chose pour les musiciens, ils jouent de leur instrument. Exactement l’effet recherché ! Le plaisir de jouer ensemble, les réponse du tac au tac entre les pupitres d’un orchestre, la parfaite fusion d’une section rythmique qui joue à l’unisson, ou qui pratique la syncope comme un humoriste lâche ses vannes avec le timing parfait pour en décupler les effets, le tout dans un espace crédible où chacun prend sa juste place, tout cela vous saute aux oreilles si facilement, que cela paraît presque irréel, pas assez « hifi » si je puis dire, comme si on vous enlevait un peu du travail que vous avez l’habitude de faire pour reconstituer tout cela. C’est un peu perturbant d’une certaine manière, comme si le cerveau devait se réinitialiser parce que la besogne est prémâchée. Rassurez-vous, on s’y fait très vite et c’est assez addictif, cependant il faut avouer que la vérité de cette enceinte peut parfois être un peu crue, rarement de leur fait, plutôt lorsque l’enregistrement est pauvre ou l’amplificateur sec et fermé. Mais pour les avoir déjà essayées dans pas mal de combinaisons et de dispositions, nous avons surtout le sentiment que ces enceintes peuvent être de vraies compagnes de vie, toujours fidèles, toujours vraies, toujours vivantes même à volume très modéré grâce leur rendement plus élevé que la moyenne et leur filtrage peu intrusif. Leur limite en puissance est liée à leur principe même : un seul composant « encaisse » la quasi totalité de l’énergie fournie par l’amplificateur, elles ne sont donc pas conçues pour les furieux concours de décibels… Par ailleurs, pour ce qui concerne leur aspect visuel, la seule finition disponible, à savoir un joli placage noyer dont les veines sont très bien assorties entre les deux unités, nous plaît beaucoup. Leurs proportions leur donnent un aspect compact et robuste, dégageant une belle stature, une jolie présence mais discrète et logeable. Vous aurez compris depuis longtemps que nous avons un petit coup de foudre pour ces Filante 17, c’est une joie de les compter dans notre sélection de produits à l’écoute. Nous les ferons jouer pour vous avec plaisir si le cœur vous en dit.

Comme évoqué plus haut, voici les tarifs d’applications à ce jour pour les Filante 17 : comptez 2.190€ la paire. Les enceintes bibliothèques Filante 13 valent quant à elles 990€ la paire, et les grandes sœurs Filante 21, des colonnes plus imposantes, 2.990€ la paire. La gamme s’est enrichie entretemps d’autres modèles mais cela vous permet de vous faire une idée du positionnement très raisonnable de ces enceintes conçues et assemblées en France, dans le Loir-et-Cher. Merci pour votre lecture !